Plan de mobilité sur Orly
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L’accès à Orly pour les voyageurs et les salariés va changer radicalement. « Nous allons éloigner la voiture de l’aéroport », résume Augustin de Romanet. Par exemple, fini le dépose-minute devant les terminaux. Quatre parcs de stationnement et zones de dépose seront créés « à environ 1 ou 1,5 km », pour les particuliers comme les taxis, VTC et les 25 000 salariés de la plate-forme. Des navettes « propres », gérées par l’aéroport, assureront les liaisons jusqu’aux aérogares et aux zones d’activité. Elles pourraient circuler sur un tracé dédié, ce qui permettrait de maîtriser le temps de parcours.
Encourager les transports en commun
« Sur ces parkings éloignés, les passagers pourront directement déposer et enregistrer leurs bagages en soute, annonce Justine Coutard, directrice de l’aéroport. Déchargés de leurs valises encombrantes, ils n’auraient plus que leurs bagages cabine à prendre dans la navette. » Les valises de soute seront acheminées par route jusqu’au tri bagages sécurisé puis à bord de l’avion. « Nous allons tester cet acheminement à distance lors des JO puisque les athlètes pourront enregistrer leurs bagages depuis le village olympique » en Seine-Saint-Denis, annonce Edward Arkwright, directeur général exécutif du Groupe ADP.
Les « publics prioritaires » tels que les personnes handicapées continueront de pouvoir accéder directement aux terminaux, ainsi que les véhicules écologiques et les passagers stationnant pour une longue durée. « Il ne s’agit pas d’interdire de venir à Orly en voiture mais d’inciter à recourir aux transports en commun », confie Justine Coutard. Objectif : doubler la part actuelle de voyageurs les utilisant, qui passerait de 30 à 60 %. Pour les taxis et les VTC, des discussions ont commencé avec leurs représentants afin de « définir les règles de circulation départ-arrivée », s’ils ont des personnes à mobilité réduite à bord, par exemple.
Six kilomètres de pistes cyclables seront également créés de 2024 à 2030. Cela vise les « 4 500 salariés vivant dans un rayon de 10 km autour d’Orly », souffle le Groupe ADP. Et des navettes de ramassage sont envisagées dans les villes où résident beaucoup de salariés en horaires décalés, souffrant de l’absence de transports en commun. Les travailleurs du marché international de Rungis, voisin d’Orly, pourraient aussi utiliser ces navettes.
Une partie des 18 parkings actuels de surface disparaîtront, probablement les parkings « éco ». « Ils ont vocation à être transférés sur les quatre futurs parkings éloignés », indique Edward Arkwright. La jauge actuelle, de 15 000 places, serait donc conservée.
Objectif « zéro émission nette de CO 2 »
Surtout, les terrains libérés accueilleraient des projets immobiliers, dévoile le groupe. Ils s’ajouteront aux 80 ha de réserve foncière d’Orly, où plusieurs développements sont en cours : parc des Avernaises à Wissous, hôtels à Cœur-d’Orly, installation hydrogène à Orlyparc…
« La concertation publique doit permettre de recenser les besoins du territoire (santé, etc.). Par exemple, nous pourrions y construire notre propre centre de formation des apprentis (CFA) aux métiers de l’aéroportuaire », suggère Justine Coutard, même si le PDG de la Semmaris, Stéphane Layani, propose d’accueillir ce CFA au marché de Rungis, dans sa future Cité de la gastronomie.
Une chose est sûre, éloigner la voiture est devenu crucial pour le GroupeADP : « La congestion routière est récurrente autour d’Orly. 70 % des voyageurs et 90 % des salariés viennent en véhicules individuels, taxi inclus. Or, notre trafic passagers doit augmenter de 16 % entre 2023 et 2035. » Vu que « plus de 40 % des émissions au sol de CO sont liées aux accès routiers », réduire la circulation contribuera forcément à son objectif « zéro émission de CO nette eau sol » pour 2030 et à la décarbonation de ses activités. 22
« 1 h 10 par le métro contre 25 minutes en taxi »
Pourquoi lancer ce plan maintenant ? Car la desserte d’Orly par les transports en commun amorce une sacrée amélioration : arrivée du métro 14 en juin (qui drainerait 10 % des passagers dès 2024, selon Edward Arkwright), mise en service de la ligne 18 en 2027 (connexion à Massy et à sa gare TGV), prolongement du tramway T7 jusqu’à Juvisy-sur-Orge en 2029, connexion de la ligne 18 au plateau de Saclay, à Versailles, et bus à haut niveau de service Sénia-Orly dès 2030…
La desserte d’ultraproximité par la voiture va donc prendre fin à Orly. Elle est pourtant très pratique pour de nombreux voyageurs, comme Véronique, qui vit dans le XV e arrondissement de Paris. Vendredi dernier, elle s’est rendue en taxi à Orly avec ses enfants : « On a mis vingt-cinq minutes de porte à porte, déposés devant notre terminal avec tous nos bagages pour 35 €. C’était parfait. Avec la ligne 14, nous mettrions une heure dix, avec deux changements de ligne puis la navette du Grpe ADP, sans compter le tarif spécial Orly. Quelle perte de qualité pour la fameuse expérience voyageur… » Sylvain, de Juvisy, a atterri vers 23 heures samedi : « Pour rentrer chez moi, je devais attendre un bus Noctilien près d’une heure. J’ai opté pour un taxi direct à la sortie du terminal. J’ai mis quinze minutes pour 20 €. »